JonOne : du graffiti de Harlem à l’abstraction (portrait)
Il a commencé par écrire son prénom sur les murs de Harlem, puis par peindre des rames de métro la nuit à New York. Quarante ans plus tard, ses toiles abstraites et saturées de couleur sont accrochées en galerie, ses initiales décorent un Boeing d’Air France, un flacon de Guerlain et une fresque en hommage à l’abbé Pierre. JonOne est l’un des graffeurs américains les plus installés en France, et l’un des rares dont l’œuvre a fait le passage du train à la cimaise sans renier son geste de départ.
Ce portrait retrace son parcours, de Harlem à Roubaix, ses commandes, ses livres et ses expositions récentes.
Harlem, 156 et le premier tag
John Andrew Perello naît le 30 novembre 1963 à New York, dans le quartier de Harlem, de parents d’origine dominicaine. Il est de nationalité américaine, indique Wikipédia. À 17 ans, il écrit « Jon loves Rosanna » dans les rues. Après leur rupture, il signe « Jon », puis ajoute « 156 », le numéro de sa rue, sur les murs et les trains de son quartier, puis de tout New York. Son ami d’enfance White Man l’a initié à la pratique.
En 1984, il fonde avec d’autres graffeurs le collectif 156 All Starz, pour peindre des trains la nuit. Il croise à cette époque Bando, puis Rockin’ Squat à la Danceteria, et côtoie notamment A-One et, selon le musée La Piscine de Roubaix, Jean-Michel Basquiat. Il décrira le métro comme « un musée qui traverse la ville ».
1987 : Paris et la toile
En 1987, il s’installe à Paris. Selon les sources, il y est invité par Bando ou par Rockin’ Squat, avec qui il graffe aussitôt, comme avec Boxer et le BBC Crew. C’est à Paris qu’il passe à la toile, à l’Hôpital éphémère, squat d’artistes du 18e arrondissement, aux côtés de A-One, Sharp, Ash (Victor Ash), JayOne et Skki. Il ne quitte pas pour autant le graffiti : il apprend à le transposer sur un autre support. Il dira avoir découvert l’art par A-One.
Du graffiti à la galerie : les premières expositions
- 1990 : galerie Gleditsch 45, Berlin.
- 1991 : « Paris Graffiti », rue Chapon, à Paris.
- Novembre 1992 : l’une de ses premières expositions personnelles, à la galerie B5 / Speerstra Gallery, Monaco.
- 1995 : exposition au Carrousel du Louvre, à Paris.
- 1997 : « JonOne & Sharp », Tokyo.
- 2003 : participation au Palais de Tokyo, à Paris.
Dans les années 2000 et 2010, il enchaîne les galeries à Paris, Genève, New York, Hong Kong, Bruxelles, Shanghai, Los Angeles, Miami et Moscou : Speerstra, agnès b., Magda Danysz, Brugier-Rigail, Rabouan-Moussion, entre autres. En 2018, « Illuminer le Futur » est présentée au musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat.
Un style gestuel, abstrait et coloré
Ses toiles se reconnaissent à leur énergie : des lettres déformées jusqu’à l’abstraction, des coulures, des couches de couleur vive, une impression de mouvement permanent. Le Time Out parle d’un style « abondant et coloré » aux toiles qui semblent toujours en mouvement.
Il y a une dizaine d’années, sa toile monumentale Liberté, Égalité, Fraternité, une réinterprétation de La Liberté guidant le peuple de Delacroix, a été installée à l’Assemblée nationale, rappelle Time Out en 2025. C’est l’un des signes les plus visibles de son entrée dans les lieux institutionnels français. Pour comprendre d’où vient cette culture, notre article Qu’est-ce que le street art ? pose les bases.
Trains, avions, parfum : ses commandes
- 2009 : il peint une rame Thalys pour le lancement de la ligne Amsterdam-Cologne.
- 2011 : fresque d’hommage à l’abbé Pierre, réalisée le 22 janvier 2011 square des Deux-Nèthes, dans le 18e arrondissement. Elle reproduit en calligraphie le texte de l’appel de 1954.
- Septembre 2012 : fresque dans un restaurant social de Metz, pour la Fondation Abbé Pierre.
- 2015 : collection de prêt-à-porter masculin avec Lacoste.
- Novembre 2015 : un Boeing 777 d’Air France est dévoilé à Orly avec son motif, une version retravaillée de sa toile « Air France Forever » (2014) qui recolore le logo de la compagnie aux couleurs du drapeau français. Selon son site officiel, l’avion a New York, la ville où il a grandi, pour destination inaugurale.
- 2016 : Guerlain lui confie son flacon aux abeilles : il décore à la main 98 flacons d’un litre, chacun unique, numéroté et signé. Il réalise aussi une fresque près de la gare Rosa-Parks, à Paris.
- 2017 : pour Hennessy, il dessine l’étiquette d’une édition limitée du Very Special, sortie le 13 juillet 2017.

Roubaix : l’atelier de JonOne
Aujourd’hui, son atelier français est installé à Roubaix, dans le quartier de l’Épeule, à quelques pas du musée La Piscine. Wikipédia donne 2017 pour son installation, le musée raconte qu’il a visité en 2018 un atelier près de la gare, une coquille vide baignée de lumière qui lui rappelait Harlem. En 2022, il pose un important volet métallique peint sur un mur extérieur du musée, et La Piscine lui consacre une exposition du 24 juin au 3 septembre 2023, dans le cadre du festival URBX. Elle s’accompagne du livre JonOne : La tentation du décor, de Bruno Gaudichon et Christian Omodeo (2023).
Ses livres
- Black Diamonds (2002), Night and Day (2004), Follow the Sun (2008)
- Carved In Stone (2010), Da Sun Will Always Shine (2011), J-Punk (2013), The Chronicles (2015)
- Niente Puo Fermarmi et Birth of the Wind (2018), Poetry in Motion (2019)
- Monographie (Skira, 2019), puis des éditions limitées : Journal intime et Obsession (2020)
Ses expositions récentes
Fluctuart, le centre d’art flottant du 2 port du Gros-Caillou, à Paris (7e), lui a consacré la rétrospective Carte blanche, du 11 septembre au 21 décembre 2025, en entrée libre : environ quarante ans de carrière, de ses débuts dans le métro new-yorkais à ses collaborations avec les marques. La galerie Goldshteyn-Saatort a ensuite présenté « Mini Me », des petits formats mêlant graffiti et esthétique des années 1970, du 11 décembre 2025 au 11 janvier 2026. La galerie Bonnet-Abelin a annoncé une troisième exposition personnelle du 17 septembre au 10 octobre 2026, avec des œuvres dans un style jamais montré chez elle : à vérifier directement auprès de la galerie.
JonOne figure aussi parmi les artistes présentés au salon Urban Art Fair 2026 par des galeries exposantes, avec de nouveaux noms de la scène comme Ken Yashiki. Wikipédia indique qu’il est représenté par la galerie Chabannes Vallé.
À retenir
- JonOne, de son vrai nom John Andrew Perello, est né à Harlem en 1963 et vit à Paris depuis 1987.
- Il fonde en 1984 le collectif 156 All Starz et passe du métro new-yorkais à la toile parisienne.
- Son style mêle abstraction, geste calligraphique et couleur saturée.
- Il a signé un Thalys, un Boeing d’Air France, un flacon Guerlain et une fresque pour l’abbé Pierre.
- Son atelier est aujourd’hui à Roubaix, près de La Piscine.
Sources
Wikipédia, notice JonOne ; musée La Piscine de Roubaix, dossier de presse URBX 2023 ; Time Out Paris, 27 août 2025 ; Fluctuart ; Runway Girl Network, 11 novembre 2015 ; site officiel de JonOne ; LVMH et Journal du Luxe (Guerlain, Hennessy) ; galerie Bonnet-Abelin. Les dates sur lesquelles les sources divergent (invitation à Paris, installation à Roubaix) sont signalées dans le texte. Je n’ai trouvé aucune source fiable sur les prix aux enchères, qui ne sont donc pas cités.
Cet article fait partie de notre série sur les street artistes et artistes urbains contemporains. Voir aussi notre portrait de Miss.Tic, et d’autres dans la catégorie Artiste.